Les bébés doivent-ils être rentables ?

Le rapport de la cour régionale des comptes Centre Val de Loire rendu public récemment sur l’Hôpital de Chinon nous laisse pantois.

Les termes utilisés n’ont rien à voir avec les besoins en santé. Il est question de parts de marché, de rentabilité… L’hôpital aurait trop embauché et la maternité ne serait pas rentable avec seulement 560 naissances par an, il en faudrait 1100 à 1200.

Pourtant, la politique de santé vis-à-vis des hôpitaux peut-être clairement interrogée quand il est reconnu dans ce rapport qu’avec la T2A (1) l’hôpital s’est mis en déficit, que, avec la convention entre la clinique privée Jeanne d’Arc (2) et l’hôpital, les flux financiers se font au bénéfice de la clinique. On apprend également que des médecins, profitant de la pénurie ont négocié très cher leur salaire mettant un peu plus en difficulté l’établissement! Tout ceci sans compter les restrictions budgétaires votées avec le Projet de loi de financement de la sécurité sociale avec une enveloppe toujours plus restreinte pour les hôpitaux.

« La chambre observe que la maternité du CHC n’apparaît pas comme une activité soutenable en l’état. Si différentes solutions sont envisagées, elle considère qu’une décision doit être prise pour ne pas obérer la situation financière de l’établissement dans un avenir proche. De même, l’hôpital doit concevoir une offre de soins de proximité, conforme à la perspective de vieillissement de son bassin de recrutement. Ainsi, il pourrait utilement envisager d’explorer, en lien avec l’ARS et le CHRU de Tours, la possibilité d’un double repositionnement de son activité vers une prise en charge élargie de gériatrie et de SSR (3) , articulée avec une évolution de sa maternité vers un centre de périnatalité avancé du CHRU. »

Ces préconisations du rapport rentrent bien dans le cadre du plan « Ma santé 2022 » qui prévoit de transformer les hôpitaux périphériques en hôpitaux de « proximité » avec les mêmes caractéristiques que ce que propose la cour des comptes. Pour cette raison, les dénégations de l’ARS ne nous rassurent pas car les menaces de fermeture commencent souvent par un rapport défavorable de la Cour des Comptes, comme ce fut le cas à Vierzon. Il a fallu toute la mobilisation du personnel, de la population et des élus pour faire reculer ce projet. A Creil, la maternité niveau 3, pas assez rentable, a fermé avec 1700 accouchements par an !

La maternité de Chinon, une des 35 en France à être reconnue comme labellisée « Amie des bébés » attire également des parturientes de Tours recherchant une maternité à taille humaine.

Le collectif 37 Notre santé en danger appelle les usager-ères à s’organiser pour défendre leur hôpital et leur maternité et à participer aux mobilisations dans la santé, notamment le 14 novembre prochain, journée nationale de défense de la santé aux côtés des professionnel-les de santé.

Notre Collectif appartient à la Coordination des Hôpitaux et maternités de proximité qui a tenu ses rencontres nationales du 17 au 19 octobre et qui fait état de situations similaires et s’attache à coordonner ces luttes.


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  1. T2A : Tarification à l’activité
  2. Dès 1998, un protocole a été établi entre le CHC, la clinique Jeanne d’Arc. La répartition initiale prévoyait que le l’Hôpital assurerait les activités de gynécologie-obstétrique, de médecine, de soins de suite et rééducation, de psychiatrie et d’urgences et la clinique assurerait les activités de chirurgie (plateau technique) y compris de chirurgie gynécologique
  3. SSR : Services de Soins de Suite et Réadaptation

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Coordination Nationale, infos de la semaine

Notre système de prévention et de soins va mal. Il y a sans doute là dessus un vaste consensus à l’urgence de l’action. Ce sont sur les solutions que des divergences fortes apparaissent ! Même en plein été, le gouvernement agit ! De la communication, mais peut-être faut-il aussi lire entre les lignes !

Nos anciens valent bien plus que l'or gris

800 personnes défilaient dans les rues de Tours, mardi 30 janvier, usagers et soignants réunis, suivant l’appel national des syndicats pour dénoncer la situation dans les EHPAD qui fait souffrir les uns et les autres et exiger des moyens pour des conditions de vie dignes et respectueuses de nos ancien-nes. Et il en a été de même dans toute la France où la mobilisation a été très suivie.

Ehpad : “Les vieux n’intéressent pas et ils coûtent cher” titrait la Nouvelle République dans son bilan de la journée.
Ce titre provocateur reflète probablement le sentiment d’abandon que certains soignants peuvent ressentir devant le manque de moyens et des conditions de travail insupportables.
Il reflète aussi très certainement le sentiment de colère des familles qui n’ont pas les moyens d’héberger leurs parents chez eux et qui sont obligés de les confier aux EHPAD pour un montant qui dépasse souvent les 2000 euros par mois, ce qui est bien au-dessus du niveau des pensions à l’heure où une nouvelle « réforme » va encore s’attaquer aux retraites.
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Et pourtant, dans le même temps, l’exploitation de « l’or gris » est devenu un business très rentable pour les fonds d'investissements qui ont jeté leur dévolu sur des groupes privés qui gèrent les EHPAD comme des entreprises du cac 40 (voir article de Jean-Guy Trintignac).

Dans un entretien accordé à « là-bas si j’y suis » en juillet 2017, les salariés grévistes des Opalines à Foucherans déclaraient comment leur direction encaissait des subventions publiques en promettant des créations de postes qu’ils ne voyaient jamais. Cet entretien est rappelé dans un article du site, en accès libre, consacré à Anne-Sophie Pelletier, porte paroles des Opalines, qui vient d’être élue personnalité de l’année par les lecteurs des journaux Le Progrès et La Voix du Jura.

Pour l’instant, le gouvernement déclare, comme il le fait sur de nombreux dossiers, qu’il étudie la question. Il essaye, en attendant, de colmater les brèches avec des annonces de quelques millions supplémentaires concédés au secteur de la santé mais qui ne compensent même pas les ponctions réalisées l’an dernier dans ce même secteur, alors même que des milliards ont été donnés aux plus riches cet automne, comme le rappelait avant-hier François Ruffin dans son discours devant l’Assemblée Nationale.

Comme le signale la CGT dans son communiqué, la lutte des salariés des EHPAD va se poursuivre et leurs revendications, à commencer par l’exigence de la présence d’un agent pour un résident, doivent être soutenues. Elles posent une question politique essentielle : celle de la place que la société donne à toutes celles et à tous ceux qui en raison de leur âge, de leur handicap, ou pour toute autre cause, ne sont pas en état de produire.

Sont-ils des êtres « en trop » que l’on tolère en leur permettant de survivre ? Ou ont-ils le droit de vivre, dans les meilleures conditions possibles au sein d’une société accueillante pour tous ?

témoignage d'une infirmière


témoignage d'une infirmière

La soirée du 20 octobre pour la « défense de l’Hôpital » a été l’occasion de multiples échanges entre usagers et personnels de l’hôpital. Voici le témoignage d’une infirmière lu au cours de la soirée et publié sur le site de la Rotative:

Mesdames, messieurs,
Comme vous le savez le CHU de Tours va être le théâtre d’un vaste plan de restructuration. Notre direction a d’ailleurs largement communiqué sur ce plan : nouveau bâtiment, meilleur accueil pour les patients. Mais sous couvert de modernisation ce sont bien toutes les catégories de personnel qui vont être touchées par un plan social déguisé. Bien sur, il n’y aura pas de licenciement sec mais des départs non remplacés, des contrats non renouvelés et pour la population moins de lits, des délais d’attente plus long pour leur prise en charge.
En tant qu’infirmière, je fais partie du personnel soignant.
Ce métier comme la plupart de mes collègues je l’ai choisi car comme on nous l’a enseigné lors de nos différents cursus, il permet d’appréhender la globalité d’un ou d’une patiente. Les soins, pour en rappeler la définition du Larousse, se sont : « des actes par lesquels on veille au bien être de quelqu’un, des actes thérapeutiques qui visent à la santé de quelqu’un, de son corps » mais aussi «des actes d’hygiène, de cosmétiques qui visent à conserver ou à améliorer l’état de la peau, des ongles, des cheveux..». En l’occurrence, ses soins que nous prodiguons à nos patients sont le cœur de notre métier, ils sont le moyen de conserver voir d'améliorer l’état de santé de nos patients, ils englobent des soins techniques en collaboration avec l’équipe médicale ou relevant de notre rôle propre mais aussi des soins relationnels.
De plus pour la plupart d’entre nous, nous avons choisi d'exercer notre métier au sein du secteur public, pensant éloigner la notion de « merchandising » du soin et par conséquent pouvoir prodiguer des soins sans souci de rentabilité.
Aujourd’hui nous avons bien compris que l’hôpital outre sa fonction de service public doit aussi se comporter comme une entreprise générant des profits et afin de recueillir ses dits profits, il faut rentabiliser la prise en charge non plus des patients et patientes mais des clients et clientes. Et nous comprenons bien que pour des gestionnaires, écouter, tenir une main, rassurer, parfois essuyer des larmes et même accompagner les derniers souffles ne rapportent n'en d’un point de vue financier. Mais pour nous, tout cela c’est notre quotidien.
Aujourd’hui les restructurations que l’on veut nous imposer, attaquent le cœur de notre métier, elles remettent en cause nos valeurs, ces valeurs qui font que pour satisfaire nos patients, nous sommes capables de sacrifier nos repos pour remplacer un collègue absent, de ne pas manger ou boire, tout cela, c’est un comble, au détriment de notre propre santé.
On nous demande d'être toujours plus efficaces, toujours plus rapides ou mieux organisés. Mais certains soins demandent du temps. L’exécution d’une toilette de patient alité est, selon les protocoles de soins, estimé entre 45 et 60 minutes. Faute de personnel suffisant, nous n’aurons plus le temps d'effectuer ce soin correctement entraînant un risque pour l’état cutané de nos patients, un risque d'augmentation des infections nosocomiales.
On nous demande de ne plus changer les draps aussi souvent, qui accepterait de se reposer dans des draps souillés?
Par la diminution au sein de nos effectifs, on nous contraint à effectuer plus de tâches sur notre temps de vacation au risque pour nous de devenir maltraitants, au risque de commettre des erreurs mettant en jeu la santé de nos patients, mettant en jeu notre diplôme.
Ce manque de temps à accorder à nos patients entraînera indéniablement une augmentation de leur angoisse, de leur agressivité ainsi que celle de leur famille mettant en difficulté voir en insécurité nos collègues. Comment assurer une éducation thérapeutique de qualité à nos patients en courant d'une chambre à l’autre?
Comment encadrer les personnels de demain, quand nous même, vous nous obligez par manque de temps, manque de moyens, manque d’effectifs à ne plus respecter scrupuleusement les protocoles de soins et d’hygiène.
Toutes ces interrogations sont pour nous source de stress, de malaise, de mal-être, d’insécurité au sein de notre travail. Nous nous soucions de la qualité de prise en charge de nos patients, nous demandons droit à travailler dans de bonnes conditions et en sécurité. Et pour cela, nous demandons des moyens humains pour le faire.
Nous ne pouvons pas accepter de faire «payer» à nos patients des politiques de santé qui mènent à la deshumanisation de l’hôpital, nous ne pouvons pas accepter de devenir seulement des techniciens du soin. Nous vous réclamons le droit de pouvoir rentrer chez nous en se disant nous avons fait notre travail correctement, tout simplement nous vous réclamons le droit d’être fier d'être des soignants.