Un débat animé sur les déserts médicaux le 28 mai à Tours
Le jeudi 28 mai, l'intersyndicale des retraité.es et le collectif santé ont présenté une soirée débat sur les déserts médicaux dans le cadres du CNP Cinéma national populaire aux Studio.
>Ce sujet qui désespère rien qu'à l'évocation de son nom a pourtant suscité un riche débat et l’occasion de rappeler que la bataille pour la réponse aux besoins de santé peut être victorieuse.
Le film projeté "Le dernier visiteur" montrait le quotidien d'un jeune médecin durant ses visites au domicile de personnes âgées en milieu rural (les monts du Forez dans la Loire). Avec ses patients, souvent d'anciens paysans ou épouses de paysans, dont on percevait que la vie n'avait pas du être facile, vivant dans des conditions modestes, parfois rustiques, voire insalubres, la pratique du jeune médecin reste toujours empreinte de respect et d'écoute, prenant le temps de répéter, d'expliquer, voir d'écrire pour se faire comprendre d'une femme très sourde par exemple, et laissant au patient.e le choix de recourir ou non, à un geste thérapeutique, à la consultation d'un spécialiste. On le voyait prendre en compte toutes les dimensions des personnes à qui il rend visite: sociale, environnementale, familiale, pour proposer des solutions, parfois difficiles à entendre, comme une entrée en EHPAD à envisager. On voyait aussi que ce maintien à domicile devait se faire impérativement avec l'aide d'autres professionel.les: infirmières, aides à domicile, médecins spécialistes, hôpital.
L'intervenant, Jean Luc LANDAS, membre de la Coordination Nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximités, ancien médecin urgentiste et réanimateur, a lancé le débat en qualifiant la pratique de ce jeune généraliste, de médecine humaniste, pratique qui n’est pas généralisée, avis que la salle partageait aussi.
Les dépassements d'honoraires, très répandus eux maintenant, est un exemple de ce manque d'humanité de la médecine. C'est actuellement 73% des Français qui renoncent à certains soins pour diverses raisons.
Durant le débat, plusieurs causes de la désertification médicale ont été abordées: elle a été organisée depuis le gouvernement Juppé en 95, pour "réduire l'offre médicale et ainsi faire baisser la demande", ce qui nous a amené.es dans la situation de pénurie dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, et qui prendra au moins une décennie avant de s'arranger. La région Centre Val de Loire étant particulièrement défavorisée, avec 136,2 médecins G pour 100 000 Habitants, contre 145,98 en moyenne dans le reste de la France métropolitaine. Elle touche maintenant toutes les zones géographiques, la ruralité comme la ville, en particulier dans les quartiers populaires. Même l’hôpital public subit une désertion médicale par la différence de traitement des médecins par rapport au privé. Si l'obligation d'installation est une solution, elle doit être durable, pour que les patients bénéficient d'un suivi et s'accompagner d'autres mesures permettant, à une profession qui se féminise, d'avoir accès à tous les services publics qui disparaissent aujourd'hui : école, crèches, culture etc.... Les conditions d'exercice doivent être pluridisciplinaires et permettre d'accéder à un hôpital de proximité sans lequel aucun médecin n'acceptera de s'installer durablement. La pénurie touche aussi d’autres professions de santé.
Les études de médecine doivent être revues: basées aujourd'hui beaucoup plus sur une sélection sociale privilégiant la classe moyenne supérieure, elles devraient au contraire permettre à des jeunes issus des classes populaires, ayant envie de soigner toutes les populations, de devenir médecins. Certaines régions ou mairies financent des centres de santé, et on ne peut que s'en féliciter, tant le fait de ne pas avoir de médecin peut être source d'angoisses parfois vitales, pour les patients, mais c'est forcément au détriment d'autres investissements qui seront sacrifiés.
Durant le débat, il est apparu nécessaire que la population s'empare de cette question de l'accès aux soins et la défende, car les politiques menées successivement depuis des décennies par l'état français, à travers la casse de la sécurité sociale, n'ont fait qu'accentuer les difficultés: la question des moyens à mettre dans la santé est au cœur de la problématique. L'occasion pour notre collectif de rappeler qu'avec une loi de programmation militaire qui vient encore d'augmenter de 36 milliards, portant son montant à 436 milliards d'€ sur 6 ans, aucun changement dans les politiques d'austérité ne se fera sans la mobilisation de toutes et tous.
Nous n’avons pas d’autre choix que de prendre en main la lutte pour la réponse aux besoins de santé de la population et cette lutte ne peut être menée uniquement par les soignant.es. Les luttes victorieuses menées par des collectifs pour répondre aux besoins de la population comme la création d’un centre de santé communautaire au Clos Toreau à Nantes même si elles sont partielles encouragent dans ce sens.
Marie-Pierre MARTIN
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